Mon université avec moi, partout et à tout moment.

   

L’Université virtuelle a toujours été une réalité. Elle est l’aboutissement d’un long processus. C’est dans les années 2005 que la réflexion sur la réforme Licence,Master  et Doctorat (LMD) a commencé. À l’époque, c’était une initiative portée d’abord par les universités de la sous-régionUEMOA. Et ensuite, le CAMES, l’organe qui garantit l’enseignement supérieur dans nos zones s’y est  impliqué et l’UEMOA a commencé à financer. Pour réussir, cette réforme a besoin d’un environnement numérique pour que les enseignements puissent êtremisen ligne, et avoir des bibliothèques virtuelles. C’est tout ce processus qui a abouti à la mise en œuvre de l’université virtuelle dont nous parlons aujourd’hui.

Les étudiants ont-ils les outils d’accès pour suivre les cours de cette université   ?

Dans le cadre du projet « Un étudiant un ordinateur », l’Etat a subventionné à 50% l’acquisition d’ordinateurs pour les étudiants. La première phasea permis à 10 000 étudiants  d’acquérir chacun un ordinateur. Ensuite, ladeuxième phase en cours  va permettre à 100 000étudiants d’avoir chacun un ordinateur.

Aujourd’hui l’essentiel est réalisé pour ouvrir cette université en ce sens que, le projet d’ordinateurs  est en cours. La plateforme de bibliothèque virtuelle, de l’enseignement supérieur est lancée depuis le mois d’août. Nous  lançons maintenant la plateforme pédagogique. Qui va marquer en même temps le démarrage des enseignements au niveau de notre université. Beaucoup a également été fait au niveau des ressources pédagogiques. Cette année nous commençons  avec la licence1. Nous allons continuer l’effort de construction des autres parcours au fur et à mesure. 

N’y a-t-il plus de problème au niveau du réseau Wifi ? Qui était quand même une préoccupation pour les étudiants ?

L’université virtuelle a en gros trois missions. Cette université virtuelle est  autonome et reçoit ses étudiants orientés. Cette année, il a été proposé à environ 5000 étudiants de s’y inscrire. Pour ces étudiants, il y a un mode de fonctionnement. À terme les  autres étudiants qui sont dans les autres  universités doivent aussi pouvoir bénéficier de la formation à distance. Pour cela, il faut faire en sorte que dans ces universités, il y ait le Wifi, l’Intranet. Pour les étudiants qui sont dans les filières propres à l’université  virtuelle, tout est déjà réglé, puisqu’ils auront des outils. Nous avons prévu des Smartphones spécifiques qui leur sont dédiés. Ils auront régulièrement des crédits internet pour accéder à leurs ressources documentaires et pédagogiques.

L’université virtuelle va en principe accueillir les bacheliers des séries C, D et E ?

L’université virtuelle n’est pas une université concurrente aux  autres. Elle leur est complémentaire avecdes filières qui sont peu développées dans ces universités mais pourvoyeuses d’emplois. De manière spécifique,nous avons  étudié le marché de l’emploi, et il faut relever que les nouveaux métiers seront dans le domaine du numérique. Et au regard des problèmes d’accueil auxquels sont confrontés les universités existantes, l’université virtuelle se positionne dans le secteur de l’informatique et des sciences numériques.

Lors de la campagne de lancement de cette université, il a été dit qu’elle doit  en principe relever la qualité de l’enseignement supérieur face au défi de la massification des universités publiques…

La massification c’est vrai, mais en réalité c’est un problème de sureffectif. Il faut reconnaitre que quoique nous ayons aujourd’hui 100 000 nouveaux bacheliers par an, en termes de pourcentage par rapport à la population ivoirienne, nous n’avons pas encore suffisamment d’étudiants pour soutenir le développement auquel nous aspirons. Nous devons en former beaucoup  plus. C’est parce que les infrastructures physiques ne sont plus suffisantes que nous sommes confrontés à un problème de sureffectif et non de massification. Il nous faut plus d’étudiants pour aller vers l’émergence. C’est l’une des raisons de la mise en place de l’université virtuelle. Elle ne repose pas sur des amphis. Elle repose beaucoup plus sur internet. Dès que  vous avez accès à internet, vous avez accès à cette université.

 Avec internet les enseignants de la diaspora peuvent nous faire bénéficier de leurs compétences. Aujourd’hui, c’est dans le numérique que les nouveaux métiers vont se créer.

Vous dites que la Côte d’Ivoire a besoin d’un grand nombre d’étudiants formés. Et pourtant quand ils finissent, leurs études, ils sont confrontés au problème d’emploi.

C’est le troisième défi que l’université virtuel veut relever. Les gens n’ont pas de travail parce qu’ils sont formés pour des emplois qui n’existent plus. On continue de former les gens comme on le faisait, il y a 20 ans. Aujourd’hui, par exemple, le numérique a intégré les médias. Si on forme les hommes de médias sans y adjoindreles TICS, à la fin de leur formation, leur insertion sera difficile. C’est pour cela que l’université virtuelle vient former à la culture numérique. Dans quelques années, la plupart des nouveaux métiers seront dans ce secteur. Nous formons nos étudiants pour qu’ils puissent s’intégrer facilement.

Quelles sont les conditions d’accès à l’université virtuelle ?

Pour la filière informatique et sciences numériques ouverte cette année, il faut être un bachelier des séries scientifiques.Nous avons comme spécialités « Le réseau et la sécurité informatique ». Aujourd’hui tout le monde travaille avec l’informatique et le problème de sécurité se pose. Il nous faut bien former aujourd’hui des jeunes ivoiriens pour maitriser ces réseaux et les aspects sécuritaires qui vont avec. Nous avons aussi la spécialité « Base de données » qui concerne la gestion (comment gérer, comment organiser), la spécialité « Développement d’applicationet e-service » qui concerne les programmations informatiques orientés vers Web. Et enfin, la spécialité « Multimédias et art numérique », qui touche à l’audiovisuel.

Dans toutes ces spécialités de nouveaux métiers sont en train de se créer. Les étudiants pourront s’auto-employer. Ou être employés avant même l’acquisition de leurs diplômes puisqu’ils seront formés en mode projet.

La rentrée est prévue pour quand ?

Les inscriptions en ligne ont démarré lundi (Ndlr : 2 janvier). Les étudiants auront un mois pour faire les inscriptions, mais dès que l’étudiant s’inscrit, il commence les cours puisque nous avons un module de prérequis commun à tous les étudiants.

Les frais d’inscription s’élèvent à combien ?

Ce sont les mêmes frais que dans les universités en mode présentiel. Le gouvernement fait de gros efforts pour sa jeunesse. Bien  que cette universitésera pourvoyeuse d’emplois, les étudiants payeront 30 000 FCFAcomme frais d’inscription.

Il n’y aura donc pas de chômeurs chez vous ?

C’est cela l’enjeu. C’est nouveau, on peut en douter, mais pour quelqu’un qui observe le monde de l’emploi, les secteurs qui créent le plus d’emplois sont ceux des TICS. Il faut former beaucoup de gens pour combler ces besoins. Pour garantir l’emploi à tous ces étudiants, il faut faire en sorte qu’en plus du diplôme académique, qu’ils aient des diplômes d’entreprises. Chaque étudiant dans sa spécialité aura un certificat. Et généralement les entreprises embauchent plus ceux qui ont ces certificats.

L’université est-elle également ouverte aux  étudiants de l’intérieur ?

Le siège de l’université est à Abidjan, mais tous les étudiants ne sont pas obligés d’être dans cette ville. Elle est aussi ouverte aux étudiants des séries scientifiques de l’intérieur du pays. L’université virtuelle ne veut pas dire qu’on ne vient pas en classe. On n’y vient lorsqu’il y a des manipulations à faire, des examens. Les autres universités sont aussi des points de présence de l’université virtuelle.

Interview réalisée par MARIE-ADÈLE DJIDJÉ

(in Fraternité Matin du 4 JANVIER  2017)